Former à la RSE : Nouveau défi des écoles de commerce et de gestion d’études supérieures

Dans les écoles et formations en commerce, gestion et affaires, les étudiants français ont accès depuis quelques années à des cours spécialisés dans le domaine de la RSE, comme la finance responsable par exemple. Les cours se concentrent en particulier sur le développement durable et la gestion des ressources humaines, et à un certain niveau aux leviers financiers favorisant des évolutions sur le long terme,  aspects les plus valorisés de la responsabilité dans les entreprises. Rares sont encore les cursus spécifiques abordant tous les aspects de la RSE, mais les entreprises commencent à peine à créer des postes spécifiques. Les écoles supérieures intègrent cette donne afin de répondre à une nouvelle attente des entreprises, mais elles le font chacune à leur manière et sans tendre pour l’instant vers une cohérence nationale. Diversité des pratiques pédagogiques donc, mais réelle volonté d’intégrer plus fermement la RSE aux formations dispensées aux étudiants français, sont palpables aujourd’hui.

La RSE dans l’éducation supérieure en France est arrivée tardivement, comme l’explique Françoise Quairel-Lanoizelée, enseignante-chercheuse à l’université Paris-Dauphine : « La RSE a commencé à faire son chemin dans les universités au travers de la recherche académique en 2003-2004, il a fallu deux ans de plus pour qu’il existe des cours sur le sujet. La loi NRE a poussé à la prise de conscience du corps enseignant du fait de la demande croissante des entreprises ». Le cadre législatif international et national a permis l’implantation des stratégies RSE dans les écoles françaises, que ce soit au niveau de la gestion des établissements qu’à celui des formations dispensées aux étudiants.

La trame législative

En France, le principal cadre de cette évolution est la loi sur les Nouvelles Régulations Économiques de 2001 (NRE), qui a poussé les universités à effectuer leur propre reporting social et environnemental. La loi Grenelle I donne également depuis 5 ans l’obligation aux universités d’adopter un « plan vert », avec l’objectif d’une gestion responsable des bâtiments, d’insertion sociale et de formation et recherches en développement durable.

Au niveau européen, la CEMS (The Global Alliance in Management Education, fondée en 1988) est une alliance internationale entre des entreprises multinationales et des universités et grandes écoles de gestion qui sont considérées comme les meilleures au monde. Elle réunit aujourd’hui 27 établissements, 50 entreprises et près de 800 étudiants  en Europe, mais aussi en Amérique du Nord et en Asie, et intègre depuis 2010 la stratégie RSE en commerce et gestion à sa dynamique. Les entreprises et universités partenaires se doivent donc depuis de suivre une vision sociale et durable des affaires, aussi bien en interne que dans les enseignements dispensés. Des écoles telles que HEC Paris en France ont été ainsi encouragées à s’ouvrir à de nouveaux domaines d’apprentissage, et par la même occasion de donner l’exemple aux autres écoles disposant de filières équivalentes.

Au niveau international, le programme PRME (Principes pour l’Éducation à une Gestion Responsable), fondé en 2000 par les Nations Unies, a porté six principes qui ont fini par influencer durablement les formations universitaires : le développement des capacités des étudiants en durabilité des affaires, de méthodes éducatives, d’une recherche spécialisée, du partenariat entre les entreprises et les étudiants, du dialogue entre les parties prenantes et la promotion des valeurs du Pacte Mondial.

Mobilisation des écoles

Ces différents cadres ont influencé progressivement les études supérieures françaises, jusqu’à influencer des écoles comme Euromed à Marseille, devenue l’un des principaux leaders sur le sujet. Au sommet Rio+20, l’établissement a ainsi proposé la signature d’un engagement à de nombreuses écoles. Véronique Smée de Novethic, explique que « cet accord engage les écoles de commerce et de gestion à inclure la RSE dans leur programme et à ouvrir cette formation aux écoles d’ingénieurs ». La crise financière de 2008 semble avoir accéléré l’évolution des formations de commerce, avec une volonté de faire face aux changements économiques en adoptant de nouvelles pratiques, mais Véronique Smée reste prudente sur la portée de cette évolution : « Il faudrait plus parler d’éducation au développement durable que d’éducation à la RSE. Il existe de plus en plus de formations dans les universités et les écoles comme HEC, ESC, et Euromed Marseille ». Et les débouchés ne sont pas non plus pour l’instant au rendez-vous, comme l’exprime Françoise Quairel-Lanoizelée: « C’est une mission d’intérêt général pour les écoles, mais on ne peut pas dire que beaucoup de postes s’ouvrent pour l’instant aux étudiants spécialisés. »

Pour elle, mettre en relation l’entreprise et les étudiants autour de projets communs est une solution pour intéresser ces derniers : « Les étudiants préfèrent les projets de groupes, correspondant à des demandes d’entreprises ou d’ONG, cela les implique personnellement et est parfois plus efficace que des cours théoriques ». Mais qu’importe la méthode, l’important est le résultat concernant la sensibilisation aux pratiques durables des entreprises : « Ce qui compte pour moi, c’est de faire en sorte que les étudiants prennent conscience qu’il n’y a pas que le profit à court-terme qui compte pour une entreprise et que le management se complexifie », explique François Quairell-Lanoizelée, «  mais cela va à l’encontre de l’approche actuelle ».

 

SourceResponsible Business Magazine

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All, 2013

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