Michel Capron: L’économiste engagé

Michel Capron

Professeur émérite en sciences de gestion de l’Université Paris 8-Saint Denis

Économiste de formation, Michel Capron a passé 15 ans dans une société d’expertise comptable en tant qu’assistant de comités d’entreprise avant de se diriger vers l’université et la recherche. Il préside aujourd’hui le Forum Citoyen pour la RSE constitué en association depuis janvier 2012.

C’est à Paris 8-Saint Denis qu’il est devenu professeur émérite en sciences de gestion, avant de se diriger vers la recherche à l’Institut de Recherche en Gestion à l’université Paris-Est Créteil. Également associé à la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l’université du Québec à Montréal, il a été membre de la délégation française pour la négociation des lignes directrices ISO 26 000 sur la responsabilité sociétale des organisations. Cet intérêt pour la RSE lui est venu assez tôt : « J’ai découvert ce concept au cours d’un séjour de recherche organisé par l’Union Européenne au début des années 90 », raconte-t-il. « En France personne n’en parlait encore, même s’il existait certains travaux, j’ai donc rédigé quelques articles sur le sujet et c’est finalement à la fin des années 90 que l’idée s’est diffusée en France. » De là, l’engagement de Michel Capron s’est matérialisé par l’élaboration d’instruments de contrôle de la RSE, et par l’écriture : « Avec Françoise Quairel-Lanoizelée, nous avons rédigé des livres et des articles puis contribué à créer le premier diplôme de management de la RSE à Créteil, en nous concentrant sur les questions sociales et sociétales ».

Pour la France, la RSE est un enjeu de gouvernance globale, car l’impact des activités des entreprises sur l’environnement et sur les sociétés ne connaît pas de frontières

Le chercheur partage une vision assez complète de la définition des affaires responsables, qui s’adresse selon lui à « toutes les entreprises, de la petite à la grande ». « C’est le fait pour une entreprise de se préoccuper de ses impacts sociaux et environnementaux, d’intégrer ces préoccupations dans sa gestion et d’en rendre compte », explique-t-il. Sur la vision française de la RSE, il émet une réserve : « C’est vu comme une démarche volontaire, c’est une déformation de l’idée de la responsabilité ». Pour donner une vision claire et précise des différents aspects de la RSE, Michel Capron travaille avec Françoise Quairel-Lanoizelée sur l’histoire et les théories du terme, ce qui s’avère compliqué « car c’est un concept international, il y a encore beaucoup de travail », précise-t-il. Ses domaines d’étude principaux sont la manière dont les entreprises produisent ou appliquent des dispositifs, ainsi que les différents instruments à leur portée : « Les audits, certifications, chartes, normes, sont des outils intéressants, mais l’ISO 26 000 me semble le cadre le plus évolué ».

Le professeur est prudent quant à l’évolution de la RSE en France et ses perspectives d’avenir : « Ces dix dernières années, il y a eu un réel progrès dans l’élaboration et l’application des cadres normatifs, mais reste à voir comment les cadres internationaux vont s’intégrer aux cadres nationaux. » Selon lui, il est encore plus difficile d’établir un bilan au niveau international car les pratiques RSE n’évoluent pas d’une manière uniforme. Aux niveaux européen et national, « le reporting extra-financier est le seul domaine qui avance mais il y a beaucoup de résistances au quotidien », explique-t-il. « Le gouvernement français s’est engagé à étendre le reporting en septembre dernier et le Forum Citoyen pour la RSE a engagé avec lui la rédaction du Plan National d’actions prioritaires en faveur de la RSE, document préparatoire qui va constituer une réponse aux demandes de l’Union Européenne [communication de la Commission européenne du 25 octobre 2011 : « Responsabilité sociale des entreprises : une nouvelle stratégie de l’UE pour la période 2011-2014 », l’avant-projet du Plan indique que « La France fait sienne la définition de la RSE adoptée par la Commission européenne dans la communication précitée qui substitue la notion de responsabilité à un mode d’action purement volontaire :

« la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société ». Pour la France, la RSE est un enjeu de gouvernance globale, car l’impact des activités des entreprises sur l’environnement et sur les sociétés ne connaît pas de frontières. Une sorte de « plateforme d’action globale » doit être mise en place d’ici peu avec les principaux acteurs français de la RSE.Cela dit, nous sommes toujours dans l’attente. »

 

Source: Responsible Business Magazine

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All, 2013

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